Mardi 28 Janvier

A partir de dessins tournants
Cendrillon et le chirurgien 
Par Delphine
Par le chemin sans détours, après avoir fait une belle greffe d’organes, le chirurgien ne voit plus que des visages entremêles.

Sous la tente ensoleillée, il cherche un nouveau patient. Les dunes lui cachent la ligne d’horizon. Pourtant il ne perd pas espoir et les chimères échevelées lui reviendront en rêve encore souvent. Soudain le carrosse de cendrillon arrive sans dessus dessous. Elle est souffrante. Seuls quelques sons en notes tournoyantes lui viennent par la bouche dans un demi sommeil. Car sur l’île du vent rien n’est impossible et le chirurgien le sait bien.
Il la sauve finalement sans avoir à lui greffer d’organes mais simplement comme par magie.
Cendrillon s’en va après avoir remercié le chirurgien qui reste seul sur son île loin du monde.


Mystérieux héritage 
Par Muriel

Dans la villa Raymonde, à l’heure où je cherchais le témoignage du passage de cet aïeul disparu, où je perdais tout espoir d’en retrouver la moindre trace, dans une pièce attenante à la remise, ce personnage fantastique aux formes arabesques m’apparût. J’avais enfin réussi à rencontrer celui qui, toute ma vie durant, m’avait hanté. Je ne savais qui il était, comment il s’appelait mais ce visage me parlait comme un lieu peut parfois le faire au voyageur de passage. À quoi ressemblait- il ? Qui était-il ? Figure en clé de sol ou clé de fa surmontée d’un regard intrusif. On aurait pu comparer ses courbures intérieures à un itinéraire campagnard ou plus certainement, 

à ce portrait double face de Sigmund Freud. 
Je le fixais et ne pouvais m’empêcher d’imaginer ce que ce tableau allait déclencher au sein de notre famille. Archibald, notre grand oncle, collectionneur de grande renommée, venait de mourir et cette toile demeurait le seul héritage peint par un artiste phare qu’il avait jadis découvert et fait reconnaître. Mes cousins s’arrachaient déjà le peu qu’il avait laissé : des cuillères en argent venues de Guyane, une tondeuse à gazon de Tétouan, une montre à gousset ramenée de son voyage de noce et maintenant, nous allions 
devoir nous entre déchirer pour ce portrait qui, personnellement, me faisait frissonner d’effroi. 

Comment peut-on accorder autant d’importance à une peinture, aussi abstraite soit-elle, quand un Van Gogh s’est évertué à montrer le sublime dans chacune de ses compositions ? Décidément, je ne comprendrais jamais l’art quand il est aussi honteusement mercantile ! 



Le désert irlandais
Par Jean

Pour ne pas me perdre dans le désert, j’ai amené une carte. C’est une carte avec des trous et des lignes.

A la lueur de la lune, je consulte ma carte, pour retrouver la dune du rendez-vous. 
Que nenni ! Je ne retrouve pas cette dune. Je dois reconnaître que je suis bel et bien perdu. Je suis réduit à jouer de la musique pour attirer l’attention. 
Alors je joue, je joue et joue encore. Je joue tellement que d’autres musiciens viennent du monde entier pour m’écouter. Il en vient des 4 coins du monde (c’est un monde à 4 coins !). 
Les plus nombreux sont les irlandais. Ils sont venus à plusieurs avec leurs instruments. Eux aussi jouent. Ils sont nombreux mais d’autres arrivent encore ! Le désert n’est plus un désert ; c’est la réunion annuelle des musiciens irlandais. Le Sahara est devenu irlandais. Surprenant !

L’hippocampe
Par Sandrine

Il était un fier cheval au galop, primitif, traversant les contrées, parcourant la Pangée dans un trajet improbable, 
Se demandant systématiquement : « c’est où la mer ? ».
La tectonique aidant la séparation des continents, notre cheval se retrouva entre l’Angleterre et l’Écosse; n’ayant plus besoin de se demander : «c’est où la mer ? »
Dans cette carte du monde emmêlée, après tant de kilomètres effectués, s’en vint le repos de notre cheval au galop, qui se transforma en hippocampe et parcouru la mer en restant toujours très fier.    


Un visage rêvant
Par Sébastien


« Un visage rêvant ». Elle adorait ce tableau. Elle l’avait trouvé dans une petite boutique « Mais où est Snoopy ? ». Quand elle l’avait vu, elle avait eu un choc, elle s’était même demandé si ça annonçait une crise cardiaque. Maintenant, le tableau était accroché dans l’entrée. Aujourd’hui, elle recevait. Tous ses invités le verraient. Venaient des amis de l’association de l’arbre centenaire, une gentille amicale de doux dingues. Leur bible était l’Anti Œdipe de Deleuze. Ils essayaient de transformer leur quartier en un vaste champ de création. Le plus drôle des membres de l’association, Philippe, avait une crinière hirsute. Quand il se lançait dans de longs monologues inspirés, on aurait dit la folie d’un cours d’eau. Il voulait que tous les adultes du quartier se promènent avec un chapeau vert et que l’on inverse le sens de circulation une fois par semaine. La plus douée était Katrina. Elle avait pour bête noire la municipalité et se promenait avec des pancartes « Non au bêton » à l’entrée du conseil municipal. Henri voulait provoquer un schisme primaire dans la ville, que l’on abandonne la comptabilité publique pour en revenir à un mode de calcul créatif. Il n’avait aucun sens de l’orientation et demandait constamment « C’est par où ? ». Il faisait un excellent thé à la mente à la mode sénégalaise. Aujourd’hui, il devait ramener des pâtisseries orientales. Ils allaient arriver. L’hôte des lieux fit une dernière fois le tour de son salon pour voir si tout était en ordre. Ils étaient sept en tout, il paraît que ça portait bonheur.


La femme au peigne
Par Cécile

Elle fait des pieds et des mains pour se peigner, le problème étant qu’elle n’a pas de mains. Alors elle penche la tête vers le peigne, avec ses dents le relève et le pose contre la coiffeuse. Elle se regarde dans la glace un long moment. Elle en a monté des côtes escarpées. Le temps est passé et la voilà, vierge sans enfant, désarticulée, les pensées à l’envers. Elle observe ses pupilles dans le miroir. Autour, l’iris a le bleu du ciel dans le désert de sable. Très clair. Tellement clair qu’on pourrait confondre avec le regard d’un alien. Au début du monde, s’interroge t’elle, les êtres humains avaient-ils des bras ? Elle observe cette sculpture qu’elle a modelée il y a un temps infini. C’est un dromadaire de terre, le poil hirsute sur la bosse, la tête haute sur son large cou élastique. Elle abandonne la coiffeuse et se dirige vers la bibliothèque. Elle élance son pied souple vers le rayonnage consacré aux animaux. Entre deux doigts de pieds elle attrape celui qui la fascine le plus : Les 5 animaux les plus anciens de notre planète. En virevoltant, elle pose l’ouvrage sur la table. Page 102. Un squelette commenté. Elle lit chaque commentaire avec délectation, comme chaque fois. Elle referme le livre d’un orteil et étire son cou, fait claquer sa langue et ferme les yeux. Elle s’assied dans son fauteuil crapaud et revient en pensée sur les côtes escarpées de sa vie.

L'oiseau-lyre
Par Marie B

Dans un pays lointain, très lointain, proche de la montagne verte, un dromadaire installé à glouglouter. Un lézard passe par là.
- Mais que fais-tu lézard ?
- Je suis occupé avec du fil dentaire à me nettoyer les dents. Les fourmis que j'ai mangées à midi ont laissé plein de détritus et j'ai bien cru que c'était la fin du monde.
- La fin du monde ? Mais alors pourquoi tant de souci si tu vas mourir ?
C'est à ce moment précis que l'oiseau-lyre arriva, plume au vent. Le ciel était bleu azur comme il l'est souvent dans la montagne verte. Il atterrit près du lézard comme s'il alunissait. Pas de parole, juste un regard. Un de ces regards qui créée de l'intimité, de la confidence. Le dromadaire se sentit de trop tout à coup, gratta le sol de son sabot gauche et arrêta de respirer. L'oiseau-lyre d'un coup d'aile vint se poser sur la tête du dromadaire qui la redressa fièrement, ce qui fit s'envoler l'oiseau-lyre et chacun retrouva son occupation. Le dromadaire se remit à glouglouter, le lézard à se curer les dents et l'oiseau-lyre à semer sur terre sa poésie.


A Ouarzazate, pas zazate
Par Sandrine

« Tout charivari finira à Ouarzazate ! » dit le Bleu Salomon. C’était à cause de son chèche que ce surnom, le Bleu Salomon, lui fût affublé dès son enfance. Atteint l’âge de raison, il était devenu sage, mais gardait toujours son surnom.
Baraka, le petit tambour, compris immédiatement le message. Lui qui savait lire en toute liberté dans le sourire du dromadaire avait déjà une certaine expérience de la folie. Il avait déjà compris l’histoire où Salomon lui avait prédit qu’il serait une vache sur un tapis à Istanbul et en avait très facilement tiré quelques profits.
Baraka répondit à Salomon : « Bien sûr Salomon ! Je me lève tout de suite et vais nourrir la rose des sables avec de l’eau. »
« Point de barbarisme » lui répondit Salomon
« Ok » lui répondit simplement Baraka.
Puis il prit la route. Il avait dû trouver un chameau, une flûte de pan et tous les ustensiles nécessaires à son voyage puis était parti à la recherche de la rose des sables.
En chemin, Salomon lui apparu en songe : « Imagine-toi bienheureux et généreux ». 
Baraka se dit que bienheureux il l’était, mais généreux surement pas ! Il écrit traderidera sur sa flûte de pan et la serra sur son cœur pour se souvenir du conseil de Salomon.

Le bleu Salomon
Par Delphine

Il boit absolument. Elle pense : « Adoptons ! » en filigrane.
Lui ne répond pas. Il pense : « Baraka ».
Ìl dit j’en ai marre d’étourdir ».
Elle dit : « Bien sûr, je me lève et je nourris la rose ! »
Il écrit : « Taderidera ».
Il dit : « Tout charivari finira à Ouarzazate ».
Surprise, elle dit : « A Ouarzazate ? »
Lui impassible répond : « De toute façon la boussole pour se coucher est sur le four ».
Elle dit « Mais qui t’a parlé de boussole ? Je sais où se trouve Ouarzazate ».
Il dit : « De toute façon, il y a une vache sur le tapis à Istanbul ».
« Arrête ! » lui crie-t-elle. 
Elle se penche dans l’entrebâillement de la porte et admire éperdue la marmite des souvenirs.
« Je ne sais pas » soupire-t-elle en langue étrange.
Il ne la comprend plus, c’est comme si elle parlait une langue lointaine, la flûte de pan serrée contre l’oasis de son cœur, la flûte de pan qu’elle sait si bien jouer.
« De toute façon, il ne sera jamais bienheureux et généreux » se dit-elle.
Le bleu Salomon ne veut pas d’enfant.


Pâte sablée
Par Sébastien

 - Pâte sablée, l’université par enchantement est soudain à l’atrium.
Nicolas ne broncha pas.
 - Pâte sablée, je te parle.
 - Mais je ne m’appelle pas Pâte sablée.
 - Je m’en fous, tu as une tête de pâte sablée. Je te dis que l’université est soudain à l’atrium.
 - Oui, par enchantement.
 - Arrêtes de plaisanter, l’heure est grave.
 - Décidément, tu te prends bien trop au sérieux. Ce que tu me dis n’a aucun sens. Les universités ne se trouvent pas dans les atriums, elles n’existaient pas du temps de l’empire romain. 
 - Ecoute, j’ai visité toutes les ruines romaines du Maroc et je peux te dire que l’on trouve de tout dans les atriums.
 - Toi, au Maroc. Tu n’es jamais sorti de France. Quand tu franchis la Loire, c’est toute une expédition.
 - Suffit Pâte sablée, je suis un nomade des temps modernes. Je suis chez moi partout, le cosmopolitisme est mon mot d’ordre.
 - D’accord, si tu veux. Mais arrête de m’appeler Pâte sablée, je m’appelle Nicolas. Est-ce que moi, je t’appelle flan aux abricots ?
 - Oui, c’est vrai, je te l’accorde. Mais reviens à notre sujet, l’université par enchantement est soudain à l’atrium. Tu ne te rends pas compte de ce que cela implique. Je crois que nous sommes à la veille de découvertes prodigieuses. 
 - Oui, en attendant, la science, tout ce qu’elle trouve en ce moment, c’est le moyen d’améliorer des smartphones qui ne servent à rien.
 - Oui, toi, bien sûr, tu es technophobe.
 - Je ne suis pas technophobe, je suis spiritualiste. Je crois à la puissance de l’esprit.
 - Moi, je crois surtout que tu devrais consulter un psychiatre. Tu as des idées loufoques en ce moment. Tu veux nourrir les plantes avec de l’encre, tu salues les gens alors qu’ils sont partis.
 - C’est mon travail qui me pèse. Toutes ces phrases absurdes que l’on reçoit par radio et que l’on doit interpréter, ça me monte au ciboulot. Qu’est-ce qu’on nous a envoyé la dernière fois : « La rose verte s’étiole dans l’urbanisme déchaîné des chiens bavant. » Et notre imbécile de chef qui croit qu’il se cache de grands mystères derrière ces messages débiles.
 - Tu as raison, Pâte sablée, on va faire une grève.



Le sourire du dromadaire
Par Cécile

Baraka, le petit tambour, lit en toute liberté dans le sourire du dromadaire. Celui-ci vient d’adopter une rose des sables. La compagne du dromadaire sourit elle aussi. La flûte de paon serrée contre son cœur, elle regarde sa fleur et l’arrose de quelques gouttes d’eau. Ils sont allés la chercher à Ouarzazate, se sentant heureux et généreux. Aussi heureux qu’une vache sur un tapis. Bientôt, très bientôt, ils lui expliqueront la vie. Et lui donneront quelques conseils avisés : toujours poser la boussole sur le four, éviter le charivari, ne pas étourdir les autres. Par enchantement, la rose des sables sourit à leur sourire. Dans la marmite de leurs souvenirs, ils cherchent moment plus doux, plus aigu. Ils regardent les dunes et les dunes ressemblent à leur cœur : tout en rondeurs et cette crête presque coupante, coupante comme le souffle de leur émotion. Ils partagent, en 2 ou 3 lampées, une bassine d’eau savonneuse et tournent leurs yeux vers le ciel. Ils remercient la providence de leur avoir donné un enfant. Baraka, le petit tambour, glisse discrètement vers les baguettes et leur demande une berceuse. Les baguettes viennent tambouriner, aussi légères que des pattes d’oiseaux sur le sable. La petite fleur baille et s’étire. Dans son pyjama rose elle s’endort. Une larme coule de l’œil du dromadaire. Avec sa langue étrange et épaisse, sa compagne boit cette goutte d’amour sur sa joue pâle.




Elle admire éperdue la marmite des souvenirs pareille à un bracelet
Par Marie B

Elle admire éperdue la marmite des souvenirs pareille à un bracelet de perles et de pierres précieuses. Son passé était ainsi enfilé année après année sur un fil, solide, qu'elle portait autour du poignet comme on porte un bijou. Même Baraka, le petit tambour avait pris sa place à coté de la rose des sables. Elle se souvient bien de cet automne 2005 dans le désert. Romain était là ainsi que Stéphane et Emilie. Romain l'avait prévenu. Tout ce charivari finira à Ouarzazate et elle avait eu de l'inquiétude. Elle était venue pour le désert, pas pour la ville. C'est alors que Baraka avait surgit du haut de la grande dune. Il avait détendu l’atmosphère par quelques coups de baguettes puis il avait posé une rose des sables sur sa main. Elle s'était levée pour aller chercher de l'eau. Tout le monde la regardait, même Romain qui sortit de sa poche un stylo pour écrire quelque chose sur un papier qu'il lui tendit. Elle ne savait que faire. Le lire ou le poser telle une boussole dont on ne peut lire le nord tellement il est embrouillé. Elle mit le papier sur le tapis orange. Baraka avait perçu son embarras. Il prit le papier entre ses deux baguettes et disparu derrière la grande dune comme il était venu.


Sur l’air du Tradéridéra
Par Muriel

L’air décidé, Baraca veut absolument séduire la fille du Sultan Barami mais il ignore encore la façon dont il s’y prendra. Il est si pauvre et si insignifiant parmi la cour de prétendants qui la presse chaque jour de se prononcer. 
Lui n’est rien, juste le fils du fontainier Zoran mais il sait chanter, écrire des poèmes et faire de la musique. Assis au pied du Tamaris ancestral, il écoute, il attend, il supplie la nuit de l’inspirer. 
Soudain, sa main frémit, une petite mélodie l’envahit comme une brise l’aurait fait pour le rafraîchir en plein cœur de l’été. Son stylet s’agite, il écrit « tradéridéra sur son cahier, la flûte de pan serrée contre l’oasis de son cœur » pour mieux amorcer ce chant d’amour qu’il veut envoûtant. 
Il écrit et ses mots se mettent peu à peu à déclamer. Ils décrivent le regard fascinant de Soraya, ses longs cils caressant l’air au gré de ses émois. Il glorifie sa longue silhouette, mille fois devinée dans la transparence de ses voiles chamarrés. Il évoque, les yeux fermés, le parfum enivrant de sa magnifique chevelure qu’il a si souvent vu peignée par les seules mains autorisées des servantes. 
Baraca doit être inspiré, il veut être le plus grand poète, le plus virtuose aussi car il sait que de son ode naîtra (ou pas) l’amour de sa belle pour lui. 

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