Jeudi 30 Janvier


Un groupe d'écrivants marcheurs arpente le désert
Par Delphine

Une voix qui vient de si loin qu’elle ne fait plus teinter les oreilles. On l’entend parfois dans le désert. C’est la voix du vent sourde et entêtante. 
Nous avons rencontré à la frontière de l’erg El Bani un groupe d’écrivants marcheurs venus de France et de Suisse. Ils sont là pour expérimenter le Petit Traité de l’Abandon. Ils ne tarissent pas d’éloge sur le désert. Bien sûr, le voyage ne leur a pas coûté que 3 couronnes, mais ils sont bien conscients que réparer les vivants, ça n’a pas de prix. Écrivent-ils des contes ou des poèmes ? Notre enquête, à ce jour, n’a pas pu le déterminer. « Secrets d’écrits » ont-ils répondu, refermant, sans discussion possible, leurs cahiers. Ce qui les a motivé à se lancer dans cette aventure ? la victoire d’une Indienne contre le pillage de la biodiversité.



Parce qu’il faut partir
Par Delphine

Une voix qui vient de si loin qu’elle ne fait plus teinter les oreilles. On l’entend parfois dans le désert. C’est la voix du vent sourde et entêtante. 
« Ose, recherche le désert, la solitude » crie-t-elle.
Et tout le monde sait que ce qui accroît la souffrance et crée le manque, c’est la comparaison. Or on sait maintenant que le désert ne se compare à rien d’autre. C’est ce que se disent les voyageurs à travers les dunes. Même l’ennemi n°1 des firmes agrochimiques vient chercher dans le désert cette pureté, celle de l’air et du sable. Cette évidence peut faire sourire, elle n’a pourtant rien d’évident. 
« J’ai fait le tour de la terre » se dit le voyageur écolo, celui de la question agrochimique. Il l’a raconté dans ce livre fameux.
Son amour est resté dans la ville. Elle, elle sait qu’il est loin au milieu des dunes. La rue est silencieuse elle aussi, silencieuse et monochrome comme le reste du monde. Même le monde lointain où il se trouve, l’être aimé.
Elle savait que cela se passait peu de temps après la moisson. Dans ces pays lointains c’est un temps essentiel, primordial. Elle se rappelle le voyage qu’elle y avait fait et le journal qu’elle avait écrit.
Elle se rappelle ces mots jetés sur la première page : « J’avais alors 23 ans ».
Car dans sa jeunesse, avant lui, avant le voyageur lointain, elle aussi était partie par peur de la monotonie de la ville.
Cette solitude du voyage, elle y avait goûté bien avant de le connaître, lui.
Elle était la fille d’un garde forestier, marchant de cabane en cabane à travers les alpes.
Elle rêvait d’Himalaya depuis toute petite. Elle avait réalisé son rêve bien avant tout cela, avant le voyageur des dunes.
Elle avait marché, son cœur battant comme un tambour à travers mille paysages mais le paysage de l’aimé lui manquait maintenant. Le paysage silencieux et monochrome où il faut oser.
L’écrivain voyageur reviendra peut-être dans quinze jours. Elle allait prendre un billet d’avion. Elle traverserait seule l’immensité et elle oserait demander au chamelier sa route.
C’est là qu’elle le retrouverait au risque de se perdre dans l’immensité. C’était décidé. Elle partirait lundi.



Gris
Par Sandrine

Tout est gris, tout est recouvert de poussière. La rue est silencieuse elle aussi, comme le reste du monde, silencieuse et monochrome, comme le reste du monde.
Je suis seul dans mon abri, je regarde par la fenêtre. Une envie de thé à la menthe me vient, mais il n’y a plus de thé à la menthe … dans tout ce monde … Juddie est dehors. Dans sa robe grise je la distingue à peine du reste du paysage. 
Je l’aime … Cette évidence peut faire sourire, elle n’a pourtant rien d’évident dans le monde d’aujourd’hui.
Cela s’est produit peu de temps après la moisson, un flash, un tsunami de poussière grise et tout a été recouvert. La mort ; la mort des plantes, la mort des animaux, la mort de toute une partie de la vie en a été la conséquence directe. J’avais alors à peu près 23 ans, Juddie 29. 
Mais nous avons survécu. Nous et quelques autres, mais nous ne leur parlons plus. Ce qui accroît la souffrance et créé le manque, c’est la comparaison et dans ce monde d'aujourd’hui elle en a tué plus d’un. Plus de richesse d’argent, seule la richesse de l’utile existe aujourd’hui.
La porte s’ouvre, Juddie est revenue, elle est apeurée. Au loin, dans le silence gris, elle a entendu une voix, une voix qui vient de loin me dit-elle. Je l’entends maintenant cette voix, elle se rapproche, et le temps que je me précipite à la fenêtre, cette voix se retrouve à notre porte. Juddie et moi nous regardons. Regards interrogatifs, légèrement tendus mais curieux tout de même. Comme quoi la curiosité ne lâchera jamais complètement l’humanité.
On frappe à la porte. Je l’ouvre. Juddie est derrière moi, fusil en main en cas de besoin.
Au dehors, un homme habillé de gris, petit, rabougri. Je me dit qu’il a du en vivre des histoires cet homme là. Et je le fais entrer.
Il nous dit qu’il s’appelle Pierre, qu’il a fait le tour de la terre, celui de la question grise et nous raconte … La marche, la recherche des hommes dans le néant. Il a osé rechercher dans le désert et n’y a trouvé que solitude. Il nous raconte que nous sommes, Juddie et moi, la seule vie qu’il ait rencontré depuis des mois.
Nous ne pouvons qu’acquiescer, aux autres nous ne leur parlons plus.
Dans ses yeux, l’étincelle, il arbore un sourire jusqu’aux oreilles. Nous ne comprenons pas vraiment ce qui peut le rendre si heureux. Et Pierre nous raconte. Qu’il est obstétricien, que la naissance et la vie sont toute la sienne et que nous voyant tel Adam et Eve son espoir est revenu.
Comment lui dire à Pierre ? 
Comment lui dire que Juddie et moi ne pouvons avoir d’enfants et que ce n’est pas faute d’avoir essayé. Nous allons d’une pierre deux coups faire disparaître ses espoirs, car nous n’en avons plus, faire disparaître l’humanité car nous n’en pouvons plus.
Il était une Terre, verte, bleue et belle, belle … Qui n’existe plus.
Il était une humanité, belle, belle … Qui bientôt n’existera plus.


Quelle est la question ?
Par Marie B

J'ai fait le tour de la terre et en même temps celui de la question. Je l'ai raconté dans ce petit traité que je vous livre aujourd’hui. Cette évidence peut faire sourire, elle n'a pourtant rien d'évident. 
Longtemps je me suis demandé pourquoi la question avait une telle importance et même par rapport à la réponse. Il m'a fallu une vie pour comprendre que seule la question était cruciale et pertinente.
J'avais alors 23 ans et j'étudiais en Inde la biodiversité, quand je fus taraudée par cette question existentielle de la nécessité du pourquoi. C'est d'ailleurs la première question que pose le petit enfant, allant jusqu'à déstabiliser l'adulte qui ne sait plus quoi répondre au pourquoi du pourquoi. Cette année-là, j'avais quitté mes parents, ma ville, mon pays, mes habitudes pour poursuivre mes études en Inde. Je me sentais comme la fille d'un garde forestier marchant de cabane en cabane à travers l’Himalaya indien, décalée, sans but et pourtant sûre de moi et certaine de ce que je devais faire. J'étais attirée par cette petite voix qui venait de si loin qu'elle ne faisait plus tinter mes oreilles mais mon cœur. Cette voix, voilée comme un tambour était parvenue jusqu'à moi distinctement, comme un signe qui s'imposait. Je me suis levée, telle une somnambule, allant droit jusqu'au bureau des étudiants pour me renseigner sur la poursuite de mes études à Delhi. La route fut longue et difficile. J'avais pris mon sac et ma guitare. Je me souviens de mon arrivée à Delhi. La rue était silencieuse et monochrome, comme moi-même, comme le reste du monde. Les chemins parcourus furent tortueux et plein d’embûches. Pourquoi étais-je sur ce chemin ? Toute la question était là.
Aujourd’hui je suis revenue dans mon petit village de Haute Savoie et je vis avec une facilité déconcertante. Il n'est plus nécessaire de faire appel au courage ou  à l'effort. L'évidence devient un guide pour mon existence. J'ai compris une chose c'est que ce qui accroît la souffrance et crée le  manque c'est la comparaison. Alors je vis, je respire, je chante. Chaque jour est un cadeau que j'ouvre avec soin en dépliant le ruban et en défaisant le papier multicolore qui l'enveloppe et je regarde ce nouveau jour qui est là devant moi. 
C'est aussi beau qu'un lever de soleil sur les dunes ocres du Maroc.


Tilili
Par Delphine

Au milieu du lac, cœur de pierre fait des ricochets. L’Azoul souffle sur sa tête. Sur sa petite barque, il sa dirige vers le village pour acheter l’Itrane et l’afoulousse avec une pièce de rien.
Il a récolté dans l’eau avec son aghrom assez de romla pour la vendre au marché.
Il a aussi assez de coquillages ayant perdus la mer et trouvés là par hasard.
Sa longue pagaie en bois de fossile le fait aller encore plus vite. 
Les tililis l’accompagnent. Ayeurr il pourra se régaler d’un bon festin et voir sa femme qui accouche de leur premier enfant.
Le tilili n’aura dans son lit que la coque d’une poule.
C’est un signe de bénédiction du dieu Amane. 
Ainsi va le village au bord du lac, rien de plus que le bonheur.



Petit précis de langue étrangère
Par Muriel 

Sur la mer orange clapote le bateau livre, perdu au milieu de nulle part dans un Aaron tropical. Izambar le vieux compose, le nez au vent, la barbe revancharde. C’est décidé, il ne se laissera plus embobiner par la tribu des Romlaa qui revendique depuis plusieurs mois la journée des Emane. Il sait que les mots sont parfois très persuasifs et que, grâce à leur pouvoir ancestral, son peuple finira par comprendre que pour survivre, il leur faut aflouser sans quoi le tilili ne pourra être partagé. 
Dans une verve frondeuse, le vieux sage s’exécute et entame long un discours : « Azul, Acouch’ et petit Itrane,
Soyez forts et courageux ! 
Céder à la journée des Emane aura le même effet que le chant des sirènes pour Ulysse, il vous faut résister ! La paresse est un vice quand l’ayeur est une récompense.
Soyez confiants et téméraires,
Et vous ressortirez grandis et fiers d’avoir su terrasser le dragon ! » 



Le train
Par Sébastien

Le manque. Elle ressentait le manque. Elle était dans sa petite école de campagne, loin de ses parents. Elle ne les verrait pas, eux et leur campement de l’Himalaya avant de longs mois. D’habitude, elle était la meilleure élève, mais aujourd’hui, c’est Raja, la petite fille à papa que l’instituteur avait félicité. Elle était assise sur son lit dans le dortoir et elle pensait à sa cousine qui allait avoir vingt-trois ans et se marierait à la belle saison, peu de temps après la moisson. Elle repensait aussi à sa vie avant d’aller à l’école. Elle était libre, marchant de cabanes en cabanes à travers l’Himalaya. Elle était sûre de l’amour de ses parents. Son père était garde forestier. Une fois, elle avait été à Delhi avec eux. Un vieux monsieur qui était venu les voir alors qu’ils buvaient le thé lui avait dit à l’oreille : 
- "J’ai fait le tour de la Terre, celui de la question, je l’ai raconté."
Son amie Sira rentra. Elle était joyeuse.
- "Tu sais ce que nous a dit le prof d’anglais lui dit-elle ?"
- "Non, répondit-elle d’un air las."
- "Cette évidence peut faire sourire, elle n’a pourtant rien d’évident."
Elle rit :
- "Mais, ça veut rien dire."
On frappa à la porte du dortoir. Elles sursautèrent. La surveillante rentra.
- "Vandana, prépare tes affaires, tes parents te demandent auprès d’eux."
Elle ne comprit pas bien. La joie se mêlait à l’inquiétude. Pourquoi retrouver ses parents en cours d’année, que se passait-il ? Elle rassembla ses habits sous l’œil impatient de la surveillante puis mit son sac sur son dos. Elles quittèrent rapidement le dortoir. Dehors, la rue était silencieuse, aussi silencieuse et monochrome, comme le reste du Monde. Elles se dirigèrent vers la gare. Il faisait froid. Qu’est-ce que ce serait dans les hautes montagnes ? 
Sur la place de la gare, un homme assis sur un caisson déclamait.
C’est un poète français, son arrivée en Inde l’a rendu fou, il récité ses vers dit un passant à la surveillante.
Une voix, une voix qui vient de si loin
Qu’elle ne fait plus teinter les oreilles
Une voix, comme un tambour, voilé
Pourtant, pourtant, distinctement jusqu’à nous.
- "Qu’est-ce que c’est", demanda Vandana à la surveillante ?
- "C’est du français, c’est la langue d’un pays très lointain."
Elles s’approchèrent d’un homme en habits simples.
- "Voici Sigur, tu vas prendre le train avec lui, il t’accompagnera jusqu’à tes parents. Mais je dois te remettre une lettre de ton grand-oncle qui ne pourra se rendre à votre réunion familiale."
Son grand-oncle était un excentrique, un grand voyageur qui sillonnait l’Inde à la recherche de trésors perdus. 
Vandana ouvrit la lettre. Sur une petite feuille était écrit : « Ose, recherche le désert, la solitude. »
Elle ne comprit pas bien. Elle savait que son grand-oncle l’aimait, qu’il voyait de grandes choses pour elle, qu’il la considérait comme son héritière spirituelle malgré son jeune âge, mais elle ne saisissait pas toutes les subtilités de sa pensée. Elle suivit l’homme qui était chargé de l’accompagner. Il avait pris son sac. Elle monta dans le train, s’assit à sa place, et là, elle sut : ils avaient vu le chaman qui avait vu une vision la concernant. De grandes choses allaient arriver.


Intermèdes tempête
Oeuvre collégiale

Bonheur après chaque respiration
Alors parfois je souffle un vent chimérique bleu azur
En espérant que je serais de retour à la Noël 
Avec Julie et Maria, pour fêter ces retrouvailles 
Tant attendues mais si lointaines. 

Au temps chéri
Oeuvre collégiale

Attendre la victoire, 
L’humanité est folle
Rêvons à toi et à nous
Revenons au temps chéri
Où nous dormions ensemble
Au coin du bonheur
Sans contrainte ni désespérance
Ni vice, ni délice



Poème à plusieurs cerveaux
Oeuvre collégiale

Dans les dunes dorées
Il n’y a pas de pâte sablée
Juste un scarabée doré
Qui vient se faire étaler

Si l’appétit vient en mangeant
La mélodie vient en chantant
Et le courage vient en marchant
Alors dansez et chantez maintenant

Je n’ai jamais voulu marcher
Même si mes pieds sont dérangés
Pour ne pas déranger les scarabées
Je marche sur la pointe des pieds

Collectif
Oeuvre collégiale

Il ne sait chanter que traderidera
sous la tente et avec son drap
parfois il dit « Baraka ! »
mais c'est sympa.

Il pense au camping contigu
aux nuits sans dessous dessus
à son maillot de bain fleuru
car il avait un peu bu

Balivernes, tout çà ne veut rien dire
mais je m'en fou, je veux bien rire
et chanter et boire et sourire
jusqu'à en mourir.


ça décoiffe
Oeuvre collégiale

Dans la neige et le brouillard, il attend patiemment la silhouette gracile de sa mère pour lui envoyer ses vœux de bonheur chimériques et exotiques, charmants et décisifs. Mais elle décoiffe ma mère !. OUAF ! Ouaf ! Démentiel, surnaturel.

Abracadabrantesque
Oeuvre collégiale

Le vent déchaîné derrière la tente
Nous espérons encore
Le château tremblant de Cendrillon et nous espérons
La fin de Caligula souffrant de mononucléose
Bien que ce phénomène soit rare mais surtout inquiétant.


Le bruit de la tempête
Oeuvre collégiale

Paradisiaque tempête, inattendue
Evénement impromptu
Souhaité par Eole dans le néant et le désert.
Nous apercevons le néant blanc du Sahara avec malice et terreur horrible.
Le calme rejoint l’esprit.
Silence et applaudissements.

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