Mercredi 29 Janvier

Radio Atlas
Par Sébastien

Vandana Shiva débarque à Marrakech. Après sa lutte victorieuse contre le pillage de la biodiversité en Inde, elle vient rencontrer les paysans de l’Atlas. Sa visite sera ponctuée de moments forts, une discussion avec Ahmed Mechaoui, le poète auteur du traité de l’abandon, un repas avec les autorités aux Trois couronnes. Elle visitera également l’hôpital central et essaiera de faire passer un message : réparer les vivants. Elle espère au cours d’un grand discours transmettre un peu de la sagesse du désert, voir faire un éloge de cette immensité désertique. Le poète français Robert Desnos l’accompagnera tout au long de sa visite. Elle repartira mercredi. Il sera alors temps de se dire Adieu. Peut-être nous laissera-t ’elle ses secrets d’écrits ?



Chronique d’un amour annoncé
Par Muriel 

Bonjour et bienvenue sur radio Atlas. 102.3 dromahertz. Chameaux, chamelles et chameliers, tous à vos transistors. 

Ce matin, fait divers hors du commun : Zaraba, 18 ans, dromadaire de métier, a croisé Zabaya, de 8 ans sa cadette. Coup de foudre sur l’Atlas. Un véritable conte du désert. Entravé, le bougre a réussi à s’échapper malgré la surveillance de ses gardiens pour aller conter fleurette à sa belle. Tous deux ont pris la clé des sables pour convoler en juste noce et ensemble écrire un Eloge du désert. Gageons que ce Secret d’écrits édité sera payé Trois couronnes dans d’autres contrées pour le plus grand plaisir d’un public désertophile. Peut-être notre prochaine chronique s’inspirera-t-elle de cette romance pour compléter notre enquête sur l’Art d’aimer ?




Rémission
Par Muriel 

Paris 25 juillet 1995
La rue était silencieuse et monochrome comme le reste du monde. J’avais alors à peu près 23 ans. Étudiant en dernière année de master, je m’apprêtais à rejoindre un emploi de lecteur dans une grande maison d’édition parisienne. Je ne savais pas ce qui m’attendait mais j’étais impatient. Les études m’avaient usé, j’avais à présent envie d’entrer de plain-pied dans la vie active, de gagner un peu d’argent et surtout de découvrir, qui sait, « LE » nouvel auteur qui parlerait aux jeunes générations. J’étais ambitieux mais j’ignorais encore que cette même année, j’allais perdre ceux qui comptaient le plus dans ma vie. Mon père et ma mère allaient disparaître dans un accident d’avion, en plein cœur du désert, au retour de leur 40e anniversaire de mariage. 
Ils étaient si beaux le jour où ma sœur et moi les avions déposés à l’aéroport. Ils étaient si heureux. On aurait dit que le temps n’avait pas eu prise sur eux. Éternels amoureux, ils se couvaient du regard et n’imaginaient pas faire quoi que ce soit l’un sans l’autre. J’étais sidéré, ému aux larmes, de voir autant d’amour dans leurs gestes, leurs attentions ; moi, incapable de vivre plus de deux ans avec la même compagne. 
Je me demandais quel était leur secret ? Comment avaient-ils fait pour surmonter les obstacles, supporter le quotidien, tordre le coup à l’habitude, pour sans cesse inventer et s’aimer toujours ? Cette évidence peut faire sourire aujourd’hui mais oui, mes parents, après plus de 40 ans de vie commune, s’aimaient comme au premier jour. 
Pour célébrer cet exploit et leur permettre d’en profiter sous des cieux exotiques, famille et amis s’étaient cotisés pour leur offrir un séjour au Maroc dans un riad 5 étoiles. Tous deux nourrissaient une véritable passion pour le désert et le voyagiste que nous avions sélectionné avait dans son catalogue le séjour qu’il leur fallait : 10 jours de dépaysement décomposés en 5 jours de désert et 5 jours de balades entre palais, souks et bord de mer. 
Ma sœur et moi les avions laissés partir, un peu fiers d’avoir réussi à compresser nos emplois du temps respectifs pour leur organiser une grande fête et leur offrir ce séjour de rêve. 
C’est drôle en y réfléchissant aujourd’hui, je me souviens d’un pressentiment que j’avais peut-être eu en embrassant maman. Au lieu de lui dire « Au revoir », je m’étais surpris à lui dire « Adieu ». Elle s’en était offusquée. Je m’en étais excusé et nous avions ri. Je regrette à présent cet écart de langage mais me dis aussi que ce qui accroît la souffrance, c’est la culpabilité que je développe au souvenir de ce dernier échange. 
J’ai longtemps essayé de comprendre, d’évacuer, d’oublier. J’ai fait le tour de la terre, celui de la question, je l’ai même raconté en écrivant un livre mais une voix... une voix qui vient de si loin n’a jamais cessé de me hanter ranimant, année après année, l’inexorable absence. 
J’ai perdu mes parents, mon socle, ma vie. Sans eux aujourd’hui, sentiment de ne plus être ou d’être amputé, amputé à vif d’une partie de moi qui jamais plus ne sera. Je me suis longtemps demandé qui saura m’offrir cet inconditionnel amour désormais ? Qui me permettra de retrouver le cap quand le tourbillon de la vie m’emportera loin d’une sagesse que, eux seuls, savaient me transmettre ? Qui saura m’aimer tel que je suis ? 
Cela s’est passé peu de temps après les moissons, il y a plus de 25 ans. Orphelin à la dérive, je pensais que pour moi les blés ne repousseraient jamais plus. Or, je suis, à mon tour, devenu père et contre toute attente, grâce à ma femme et à ce petit être enthousiaste qui sourit à la vie, la joie a enfin pris le pas sur le manque.



Radio Pub
Par Sandrine

Et nous voilà à nouveau tous ensembles sur Radio Atlas 107.7 FM avec notre invitée du jour, Amina que nous entendrons tout à l’heure pour la sortie de son livre magnifique « L’éloge du désert » un recueil de contes des sages du désert qui traite de toute la beauté de la biodiversité saharienne et d’une victoire contre le pillage de cette même biodiversité. Bonjour Amina, à tout de suite !
Avant ça, quelques publicités !
Pi di di dup !
La boutique Fnaque Berbère vous propose pour 3 couronnes seulement une superbe réédition de « L’enquête sur l’art d’aimer » associée aux poèmes de Robert Desnos, un ouvrage qui sans nul doute vous permettra de vous reconnecter au monde si je puis dire, de réparer vos maux, réparer les vivants et les ramener à la beauté du monde.
Pi di di dup
Amina à nous maintenant !


Envoyé spécial
Par Jean

Je rejoins notre envoyé spécial, en direct du désert, qui nous rapporte l’action militante d’une indienne qui se bat contre le pillage de la biodiversité : « - Allô, Fleur de cactus, donnez-nous l’atmosphère qui règne actuellement dans le désert ?
Eh bien, je suis actuellement avec mon chameau en train de remonter une piste sérieuse  qui devrait remonter jusqu’au voleur de sable. Je peux déjà vous annoncer que je suis entouré de sable, il s’agit probablement d’une cache de ce voleur car la quantité de sable est impressionnante. Mais j’aperçois, au loin, le contrebandier qui vient déposer le fruit de son forfait ; il amène une bonne quantité de sable illégale. Je dois vous quitter pour essayer de m’approcher de lui. A vous les studios.
Merci Fleur, vous nous rappelez plus tard. »
La vie est romanesque, même dans le désert !



Bulletin de 16h
Par Marie B

Il est 16h, heure locale sur canal 99.9 de Radio Atlas.
Une grande enquête sur l'art d'aimer des dromadaires du sud de l'Atlas a été commencée. Le moment a été choisi car c'est la période des amours. Chaque chamelier devra se rendre à Djebel Al Dina pour faire part des coutumes de ses animaux.
Une équipe de journalistes est arrivée hier à Marrakech avec la mission de faire l'éloge du désert. Une série d'émissions sera consacrée sur notre antenne à ce reportage chaque jour à 15h.
Il a été trouvé sur une dune un livre ancien rarissime dont le titre est « contes des sages du désert ». Jusqu'à présent personne ne sait comment ce précieux ouvrage est arrivé là.
Pour terminer, la météo.. 24° à l'ombre. Un petit vent Chergui bien agréable rafraîchit l’atmosphère.
Bonne après midi. Prochain bulletin à 17h.


Oser le désert
Par Cécile

La rue est silencieuse elle aussi, silencieuse et monochrome comme le reste du monde. Je boucle mes valises. Une voix qui vient de loin et de tout près m’a chuchoté ce message : Ose, recherche le désert, la solitude. Ça tape dans ma tête. Des grands coups de marteau – sourds et puissants comme les coups de marteau qui lestent la tente des nomades dans le désert. Je sais que ce qui accroît la souffrance et crée le manque, c’est la comparaison. Je suis différente des autres. J’ai mis longtemps à le comprendre. Cette évidence peut faire sourire ; elle n’a pourtant rien d’évident.



Chanson pour la rose 
Oeuvre collective

Un trajet improbable pour une vie admirable
Parce que l’eau n’est pas potable
Et que la rose des sables est pâle
Le désert est inhabitable

Regardez les habitants !
Ils se lèvent en chantant
Regardent les étoiles en dormant
En espérant ne pas avoir mal aux dents

Et pourtant, souris, souris à la vie
Éclate toi, vit, vit !
N’oublie jamais ton lit
Ni l’amour ni l’envie !


L’étoile manquante
Par Jean

Le désert est silencieux, silencieux et monochrome. Pourtant, qu’est-ce qu’il en passe dans le désert.
Il y a d’abord le levé du soleil, bien à l’heure. Et quel levé ! Pire que le levé du roi. Ensuite, on part à l’aventure itinérante. Ça monte, ça monte. Puis ça descend.
On installe enfin une demeure sommaire avec tentes.
On installe les étoiles, sans en oublier une seule.
Et dès qu’il fait nuit, on allume les lumières.
En contemplant les étoiles, je réalise qu’il en manque une ! Bien sûr, les gens ne s’en aperçoivent pas. Il y a tellement d’étoiles ... Mais moi, je réalise qu’il manque une étoile.
Je pars donc à sa recherche. Je parcours le monde pour retrouver l’étoile manquante.  Je traverse les mers, escalade les montagnes, et franchis les glaciers à la recherche de l’étoile manquante.
Au coin de la rue, je regarde des enfants qui jouent. Ils jouent à cache-cache. Un enfant s’est caché dans un bidon. Il doit faire noir dans un bidon ! Les autres enfants finissent par le retrouver dans son bidon. Ils ouvrent le bidon, d’où une lumière intense jaillit. Dans ce bidon, se trouvait l’étoile manquante avec l’enfant. L’enfant a retrouvé l’étoile. J’embrasse l’enfant pour le remercier, et accroche l’étoile dans le ciel.
La nuit est enfin éclairée par toutes les étoiles. Serein, je peux aller me coucher, confiance et apaisé. On l’a échappé belle !!!


Victoire indienne
Par Delphine

Bonjour mesdames et messieurs,
On nous annonce la victoire d’une indienne contre le pillage de la biodiversité.
Le président indien, après avoir fait l’éloge du désert a salué cette victoire, réparant ainsi les vivants. Cette indienne avait écrit il y a deux ans, un petit traité de l’abandon et remporté trois couronnes aux olympiades du cœur.
Notre enquête sur l’art d’aimer confirme cette information cruciale.
Robert Desnos, dans ses poèmes ainsi que dans la dernière version de Foucault inédit entérine cet acte fondateur de la nation indienne.
Déjà, il y a très longtemps, les contes des sages du désert nous avait initié à cette éventualité qui vient d’être confirmée par notre championne à qui nous disons bravo !

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